Marée haute – Épisode 2 : Les messages

MARÉE HAUTE · ÉPISODE 2 SUR 5

Précédemment… Un galet percé sur le paillasson de Paul, le veuf qui parle à un rouge-gorge. Dans le trou, quatre mots : « Elle n’est pas partie ». Et sous la fenêtre, une empreinte d’enfant. Sa voisine Louise, elle, ne croit pas aux signes. Relire l’épisode 1

Il y en eut un autre le mardi suivant. Puis un autre. Toujours un galet percé, toujours un papier roulé dans le trou, toujours cette écriture maladroite.

Regarde mieux.

Le rouge-gorge sait.

Mon grand nigaud.

Paul, lui, renaissait. Il ne parlait plus que de ça, à qui voulait l’entendre. Jeanne lui écrivait. Jeanne était là. Il avait racheté des graines pour le rouge-gorge, ressorti les disques de Trenet, et il chantait La Mer en faisant la vaisselle.

Louise, elle, ne dormait plus.

Elle avait passé trente ans dans une compagnie d’assurances, à débusquer des fraudes. Elle connaissait les escroqueries qui visent les personnes âgées : on gagne leur confiance, on joue sur leur chagrin, puis un jour on frappe à la porte et on demande de l’argent. Quelqu’un manipulait Paul. Quelqu’un qui savait des choses intimes sur Jeanne. Et cette personne se servait d’un enfant.

Et elle avait un suspect. Depuis l’été, un certain Marchand, agent immobilier aux chaussures trop brillantes, tournait autour de Paul pour lui proposer de vendre en viager. La semaine dernière encore, elle l’avait surpris en train de photographier la maison depuis la rue. Il savait que Paul vivait seul. Il savait qu’il était veuf. Qu’est-ce qu’il savait d’autre ?

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Le lundi soir, Louise éteignit toutes ses lumières, se cala derrière son rideau avec un thermos de café et une lampe torche, et attendit.

La nuit tomba. Sept heures. Huit heures. Neuf heures. Dehors, le vent faisait frissonner la haie.

À neuf heures vingt, des phares s’immobilisèrent au bout de la rue. Une berline sombre. Comme celle de Marchand. Moteur allumé. Une portière s’ouvrit. Une petite silhouette en descendit et trottina vers la maison aux volets bleus. Derrière elle, plus grande, une seconde ombre attendait près du véhicule, capuche baissée.

Louise dévala l’escalier, ouvrit la porte à la volée et alluma sa torche.

— Hé ! Qui êtes-vous ?

Le faisceau accrocha un ciré jaune. Une seconde. Puis la petite silhouette fila vers la voiture, l’ombre l’attrapa dans ses bras, les portières claquèrent et les pneus hurlèrent sur le bitume mouillé.

Sur le paillasson, dans la panique, un galet était tombé. Louise déroula le papier sous sa torche.

Cette fois, ce n’était pas un mot doux. C’était un rendez-vous.

Étretat. Dimanche. Marée basse.

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À suivre… Épisode 3, « Le grenier », dimanche 15 novembre à 18 h.

Christelle L.


Marée haute, la série

  • Épisode 1 : Le premier galet
  • Épisode 2 : Les messages (vous êtes ici)
  • Épisode 3 : Le grenier · dimanche 15 novembre
  • Épisode 4 : La marée · dimanche 22 novembre
  • Épisode 5 : Regarde mieux · dimanche 29 novembre

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