Chez les canards, ce sont les dames qui font coin-coin

Quel est le fait complètement inutile que vous adorez partager ?

À la pause, il suffit d’un rien. Quelqu’un remue son café et soupire qu’un jour, il partira vivre à la campagne. Le calme, le grand air, les œufs frais « de la ferme »… Je laisse passer deux secondes, puis je pose mon gobelet.

— Vous saviez que chez les canards, ce sont les femelles qui font coin-coin ?

Il y a d’abord un blanc. Puis quelqu’un essaie d’imiter un canard pour vérifier, et c’est forcément un coin-coin de cane.

Parce que c’est vrai. Le coin-coin franc, sonore, un peu moqueur, celui des canards de bain, appartient aux dames. Les mâles n’y ont pas droit. Vers deux mois, leur voix mue comme celle d’un collégien, et elle ne s’en remet jamais. Il leur reste un grésillement de vieux transistor.

Je le sais d’autant mieux que j’en ai huit à la maison. Des coureurs indiens : cinq canes, trois mâles. Quand ça crie au fond du jardin, ce sont les filles. Mais les garçons ne se taisent pas pour autant : ils piaillent toute la journée de leur voix cassée, en fond sonore.

Coureurs indiens blancs et bruns et deux oies dans un jardin ensoleillé, entre les palmiers

Et ne vous fiez pas à leur allure de majordomes : ils sont joueurs. Ils ne volent pas, mais il leur arrive de sauter au-dessus de mon épaule, ce qui, pour des oiseaux cloués au sol, témoigne d’une belle ambition. Quand j’arrive avec la boîte de vers secs, ça tourne à la manif. Toute la bande me presse et réclame, les filles à pleine voix, les garçons en grésillant. On ne négocie pas avec une manif de coureurs indiens. On distribue.

Une cane brune et un canard blanc couchés côte à côte dans l'herbe
La sieste, elle, ne se négocie pas.

S’ils se tiennent si droits, c’est à cause de leur bassin, placé plus près de la queue que chez les autres canards. Et ils ne sont pas plus indiens que moi : la race vient d’Indonésie, de Java, Lombok et Bali.

Deux coureurs indiens, un brun et un blanc, debout côte à côte dans un jardin
Majordomes en service.

Bon, j’avoue : mon fait inutile sert quand même à quelque chose. Chez les éleveurs, c’est comme ça qu’on trie les canetons : on attend la mue, et on écoute. Chez les adultes, il y a un indice de plus. Les mâles portent une petite plume recourbée en boucle sur la queue. La nature leur a pris la voix, elle leur a laissé une bouclette. On a connu pire compromis.

Alors la prochaine fois qu’à la pause quelqu’un rêvera tout haut de campagne et de calme, je lui dirai la vérité. La campagne, ce n’est pas le silence. C’est cinq canes qui crient, trois mâles qui grésillent, une boîte de vers secs qu’on n’a pas intérêt à oublier… et, d’accord, des œufs frais.

Et vous, quel fait inutile dégainez-vous à la machine à café ? Dites-le-moi en commentaire, j’ai toujours besoin de munitions.

Envie de garder ce fait inutile sous le coude ? Épinglez-le !

Chez les canards, ce sont les dames qui font coin-coin : deux coureurs indiens, un brun et un blanc, dans un jardin. Le fait inutile du jour sur Cocotte et Hazouille.

Christelle

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